Libération / «DSK était devenu la principale cible des services français» Edward Jay Epstein

Libération 28/04/12

Dominique Strauss-Kahn en juillet 2011 au tribunal de New York

Le journaliste américain Edward Jay Epstein, qui avait relancé la théorie du complot contre l’ex-directeur du FMI, raconte son dernier entretien avec lui.

Par FABRICE ROUSSELOT De notre correspondant à New York

En plein milieu de l’entre deux tours, c’est le retour de Dominique Strauss-Kahn dans la campagne présidentielle française. Vendredi soir, le quotidien britannique The Guardian a publié sur son site une interview exclusive de l’ex-patron du FMI accordée au journaliste américain Edward Jay Epstein, et dans laquelle DSK accuse ses adversaires politiques «d’avoir orchestré » les retombées de l’affaire du Sofitel afin de mieux précipiter sa chute politique et se dit convaincu d’avoir été placé sous surveillance. Des accusations qui visent directement l’entourage de Nicolas Sarkozy. Réalisée le 13 avril dernier, l’interview est publiée alors qu’Edward Jay Epstein sort un livre ce dimanche, « Three days in May ». Le journaliste, qui avait relancé la théorie du complot contre DSK dans un article publié en novembre dernier dans la New York Review of Books, a répondu aux questions de « Libération ».

Que vous a exactement confié DSK lors de votre entretien?

Nous avons évoqué la question ou non d’un complot. Il ne pense pas qu’un complot a eu lieu avant les faits eux-mêmes, mais il considère qu’après les accusations portées contre lui, les événements qui ont suivi ont été « façonnés » par ses adversaires politiques afin de faire dérailler ses ambitions présidentielles. DSK estime notamment qu’il avait été mis sous surveillance depuis longtemps. Il m’a confié qu’il avait lui même décidé quelque temps avant l’affaire du Sofitel de faire encrypter ses sept téléphones afin de les protéger d’éventuelles écoutes. Mais il avait dû faire tout enlever car les téléphones ne marchaient pas correctement et il ne pouvait pas appeler. Il maintient ses affirmations selon lesquelles il n’a rien fait d’illégal et m’a assuré qu’il ne pensait pas que ses opposants « pouvaient aller aussi loin ». Il pense par exemple que ses ennemis politiques ont tout fait pour que Nafissatou Diallo porte plainte auprès de la police, ce qui n’était pas forcément son intention.

Confirmez vous cette version dans votre livre ?

Le livre apporte de nouvelles informations significatives. Principalement sur ce qui s’est passé avant le 14 mai 2011 au Sofitel, c’est à dire dans les jours qui ont précédé à Washington, mais aussi lors de l’arrivée de Strauss-Kahn le 13 mai et qui est très important. Ce que je dis est assez simple : DSK était sous surveillance déjà depuis plusieurs semaines et était devenu la principale « cible » des services français en février ou en mars 2011. Ils surveillaient ses faits et gestes, ils savaient ce qu’il lui est arrivé au Sofitel, parce qu’ils avaient forcément quelqu’un de l’hôtel qui les informait. Quand on regarde le déroulé des faits, on se rend compte qu’il faut près d’une heure et demie avant que Nafissatou Diallo ne donne son accord pour contacter le NYPD. Ce qui pose de nombreuses questions. Et c’est après ce coup de téléphone, que l’on voit « la danse de la victoire » entre l’ingénieur en chef du Sofitel, Brian Yearwood, et un autre employé parce qu’ils célèbrent le fait que le NYPD a été appelé.

Avez vous la preuve que DSK était surveillé ?

Je n’ai pas de preuve formelle. Mais je fais mention dans le livre d’un transcript dont disposeraient les services français quant à une conversation le 12 mai à l’hôtel W de Washington entre DSK et le commissaire Jean-Christophe Lagarde. DSK y évoquait notamment la présidence française. On m’a rapporté l’existence de ce transcript mais je ne l’ai pas vu moi-même. Ce que j’ai vu toutefois, grâce aux caméras de surveillance, c’est le fait que Brian Yearwood, encore lui, observe DSK quand il arrive le 13 mai, le suit, le regarde s’enregistrer et le suit encore quand il monte sa chambre. Et quand DSK quitte l’hôtel le lendemain, Brian Yearwood est de nouveau là, à chaque instant. C’est lui enfin qui retourne dans la chambre 2806 une fois que Nafissatou Diallo a prévenu l’hôtel de ce qui est arrivé. Tout cela est bien étrange.

The Guardian / “Je ne pensais pas qu’ils iraient aussi loin…” DSK

Traduction par Le Monde – 28/04/12

Article original dans Le Guardian

http://www.guardian.co.uk/world/2012/apr/27/strauss-kahn-affair

Pour Dominique Stauss-Kahn l’engrenage judiciaire et médiatique survenu à la suite de son arrestation le 14 mai 2011 à l’hôtel Sofitel de New York est lié au contexte politique de sa probable candidature à la présidentielle française.

Dans un ouvrage repris par le Guardian, il estime que les soupçons de viol qui ont pesé sur lui sont loin d’être “une simple coïncidence”. ”Il m’est apparu très clairement qu’il croyait, aujourd’hui, que sa déchéance publique n’était pas sans rapport avec ses ambitions de défier Sarkozy et l’UMP lors des élections françaises de 2012″, explique le journaliste d’investigation américain Edward Jay Epstein, qui a interviewé, le 13 avril, l’ancien directeur du FMI et ancien candidat à la primaire socialiste.

Pour DSK, ce n’est pas sa rencontre ni sa relation avec Nafissatou Diallo qui ont été orchestrées, mais bien les suites de l’affaire et l’enquête criminelle qui en a découlé. Dominique Strauss-Kahn pointe du doigt “ceux qui avaient un agenda politique”, cite le journal britannique dans un article titré “Dominique Strauss-Kahn accuse des ennemis liés à Nicolas Sarkozy d’avoir empêché sa candidature”.

“J’AURAIS ÉTÉ LE CANDIDAT DU PS”

Plus précisément, DSK indique qu’il aurait, selon lui, été mis sous la surveillance des services de renseignement français plusieurs semaines avant son arrestation. Selon Edward Jay Epstein, DSK accuse aussi des agents, liés à Nicolas Sarkozy, d’avoir intercepté des appels téléphoniques et d’avoir pris soin de s’assurer que Nafissatou Diallo avait bien déposé plainte à la police, afin de“déclencher un scandale international”.

Dans cet entretien, DSK – qui ne prononce toutefois aucun nom -, affirme aussi qu’il comptait faire son annonce officielle de candidature “le 15 juin”“Je n’avais aucun doute sur le fait que j’aurais été le candidat du parti socialiste, déclare-t-il.

“Peut-être ai-je été naïf sur le plan politique, mais je ne pensais tout simplement pas qu’ils iraient aussi loin… Je ne pensais pas qu’ils pourraient trouver quoi que ce soit capable de m’arrêter”, explique M. Strauss-Kahn au journaliste, qui publie un ouvrage d’investigation sur ce scandale, Three Days in May : Sex, Surveillance and DSK (“Trois jours en mai : sexe, surveillance et DSK”), diffusé lundi 30 avril sur internet.

UNE RELATION “INAPPROPRIÉE”

L’avocat de Nafissatou Diallo, Douglas Wigdor, a vivement réagi vendredi aux propos de Dominique Strauss-Kahn, les qualifiant de “complètement absurdes”.

Edward Epstein avait relancé en novembre 2011 l’affaire DSK en affirmant que le procureur de New York avait entre les mains les enregistrements de vidéosurveillance du Sofitel dans lesquels on voyait deux employés se congratuleraprès avoir entendu la femme de chambre Nafissatou Diallo accuser DSK de crimes sexuels.

La femme de chambre du Sofitel de New York accuse Dominique Strauss-Kahn de l’avoir contrainte à une fellation dans sa suite le 14 mai dernier. DSK a reconnu une relation “inappropriée”, mais a affirmé qu’il n’y avait eu “ni violence, ni contrainte, ni agression”.

Cambridge : “The global financial climate, globalization and the Eurozone” : conférence de DSK

La société des étudiants Cambridge Union a invité Dominique Strauss-Kahn a livrer son analyse sur l’économie mondiale.

Voici la vidéo mise en ligne par l’Université

http://www.cus.org/connect/speaker-events/2012/dominique-strauss-kahn

“The global financial climate, globalization and the Eurozone”

Dominique Strauss-Kahn is a French economist, lawyer and politician. He served as the Managing Director of the International Monetary Fund (IMF) from 2007 until his resignation in 2011. He was previously a professor of economics at the Sciences PO and the French Minister of Economy and Finance.

Libération / DSK invité d’un débat au Parlement européen

AFP / Libération 27/01/12

Dominique Strauss-Kahn débattra des leçons de la crise économique mondiale avec le président de l’Eurogroupe Jean-Claude Juncker le 27 mars prochain.

L’ex-patron du FMI Dominique Strauss-Kahn débattra le 27 mars des «leçons de la crise économique mondiale» au Parlement européen avec le président de l’Eurogroupe, le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, a-t-on appris vendredi auprès des organisateurs. «Le débat est prévu au Parlement européen pour le 27 mars, entre 10 heures et 12 heures», a indiqué le secrétariat du groupe EU40, qui regroupe les eurodéputés de moins de quarante ans, à l’origine de l’invitation.

Après l’abandon des charges pénales pour agression sexuelle d’une femme de chambre au Sofitel de New-York, une affaire qui lui a coûté son poste au FMI et ses ambitions présidentielles en France, Dominique Strauss-Kahn a effectué son retour sur la scène publique à l’occasion d’un forum économique dans la capitale chinoise, mi-décembre.

A cette occasion, il avait comparé la zone euro à un «radeau sur le point de sombrer», s’attirant des critiques en France notamment du parti présidentiel français UMP. Il est également invité début mars à l’université de Cambridge pour une conférence sur l’état de l’économie mondiale.

La conférence prévue au Parlement européen s’intitule : «Leçons de la crise économique mondiale, l’Europe à la croisée des chemins» et doit aborder «les effets possibles de la crise de la dette actuelle sur les générations à venir», selon le site internet du groupe EU40.

AFP / DCRI : le PS dénonce les “barbouzeries”

AFP 26/01/12

Les députés socialistes ont violemment attaqué aujourd’hui le gouvernement sur la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), craignant de possibles “barbouzeries” durant la campagne présidentielle après la parution récente d’un livre sur les services secrets. “L’espion du président” (éditions Robert Laffont) dresse un portrait au vitriol du chef de la DCRI Bernard Squarcini, qui aurait “dévoyé” les services français au profit de Nicolas Sarkozy selon les auteurs.

Lors des questions au gouvernement, le député PS Jean-Jacques Urvoas (Finistère) a décrit l’ouvrage sous les huées de la droite: “Coups tordus, manipulations, mauvaises fréquentations, écoutes de journalistes, effractions de domiciles: il semblerait donc qu’au sein de la DCRI, on ait les pires barbouzeries (…) alliées à l’impunité du secret-défense.”

Le socialiste a demandé s’il existait “au sein de la DCRI un groupe des opérations spéciales” occulte, et si “des équipes de la DCRI” organisaient “des écoutes téléphoniques” et “des interceptions d’emails en-dehors de tout cadre légal”.

La socialiste Delphine Batho a ensuite rappelé que Bernard Squarcini est déjà mis en examen dans l’affaire d’espionnage de journalistes du Monde travaillant sur l’affaire Bettencourt, dossier tentaculaire comportant un volet de financement politique occulte présumé. Cette porte-parole du candidat François Hollande a demandé “la garantie absolue que les pratiques décrites” dans l’ouvrage “n’ont pas cours dans l’actuelle campagne présidentielle”.

“la volonté de diffamer et de salir”

Le ministre des Collectivités Philippe Richert a dénoncé “une remise en cause intolérable de la loyauté républicaine d’une institution et des fonctionnaires exemplaires qui y travaillent”, y voyant “la volonté de diffamer et de salir”. Il a rappelé en référence à la présidence de François Mitterrand, “le temps où certains membres d’un parti ont utilisé les moyens de l’Etat pour mettre sur écoute des centaines de personnalités publiques”.

Le patron de la DCRI a annoncé son intention de poursuivre en diffamation les auteurs ainsi que le site Mediapart, qui a publié un article sur l’ouvrage. Mediapart, surveillé en 2010 par la DCRI selon le livre, a porté plainte.

Nord Eclair / Paszkowski disculpe clairement DSK !..

Nord Eclair 20/12/11  DIDIER SPECQ

Toute la journée d’hier, Fabrice Paszkowski, un entrepreneur lensois spécialisé dans le matériel médical, a été interrogé par les juges d’instruction lillois Stéphanie Ausbart et Ida Chafaï. Ce petit patron, proche de DSK via son club « En Avant l’Europe ! », l’est probablement aussi en ce qui concerne les rencontres libertines. Pour les juges, la question est simple : DSK savait-il que des prostituées figuraient parmi les invitées ? Car s’il savait, on peut l’inquiéter pour proxénétisme. Mais devant les juges, Fabrice Paszkowski a répété que DSK a toujours ignoré ce détail important.

« Peu intéressé » par les soirées
David Roquet, le patron d’une filiale d’Eiffage, incarcéré à la prison d’Arras, a répété la même chose la semaine dernière. La différence entre ces deux amis de DSK est, selon Paszkowski, la suivante : Roquet fréquentait pour son compte des prostituées, pas lui. Paszkowski, défendu par M e Karl Vandamme, assure qu’il était peu intéressé par ce genre de soirées et qu’il n’avait pas besoin de faire appel à une « escort girl » pour être accompagné.
Quant à certains frais, réglés par Eiffage ou par l’entreprise de matériel médical, DSK ne pourrait être accusé de recel d’abus de biens sociaux, car, selon Paszkowski, il n’était pas au courant. L’entrepreneur lensois, qui reste incarcéré à Longuenesse, sera interrogé à nouveau en janvier.w

Le Monde / DSK, pessimiste sur l’eurozone, fait à Pékin son retour à la vie publique

LEMONDE.FR avec AFP | 19.12.11 | 09h04   •

http://youtu.be/L-WG7NfDAi0

L’ex-chef du FMI, Dominique Strauss-Kahn a effectué, lundi 19 décembre à Pékin, son retour à la vie publique dans un forum économique au cours duquel il a comparé la zone euro à un “radeau sur le point de sombrer”, en refusant de commenter ses propres déboires. Après plus de sept mois de turbulences personnelles, DSK a choisi une conférence économique dans la capitale chinoise pour retrouver son statut de spécialiste en macro-économie, fort de son expérience à la tête du FMI.

Aux journalistes étrangers qui lui posaient des questions plus personnelles, sur son actualité judiciaire, sur son état d’esprit ou sur son choix de la Chine pour revenirsur le devant de la scène, il a systématiquement opposé la même réponse :“aucun commentaire.”

Sur un ton docte d’expert au-dessus de la mêlée, il a distribué bons et mauvais points. “Nous voyons les pays européens passer d’un plan (de sauvetage) à un autre, d’un sommet de la dernière chance à un autre, toujours sans admettre les pertes, toujours sans permettre une reprise de la croissance et toujours en échouant à restaurer la confiance”, a déclaré M. Strauss-Kahn.

UN EURO “TRÈS TRÈS VULNÉRABLE”

Invité par le groupe NetEase, l’un des géants de l’Internet en Chine, DSK a prononcé un discours en anglais de quarante-cinq minutes, dans lequel il a été très critique envers les mesures de sauvetage prises à Bruxelles. Il s’est montré, par ailleurs, plutôt tendre avec ses hôtes chinois. Il a ensuite répondu à des interrogations d’internautes transmises par le biais d’un animateur du forum.

“Avec la récente tempête, le radeau semble ne plus être assez résistant, a-t-il affirmé en parlant de l’eurozone. Le fait que l’euro soit encore au milieu de la rivière et que l’union budgétaire ne soit pas réalisée le rend très très vulnérable, et le radeau semble sur le point de sombrer. (…) Je ne suis pas persuadé que (le président français) M. Sarkozy et (la chancelière allemande) Mme Merkel se comprennent bien entre eux et c’est probablement une des raisons pour lesquelles le système européen a des problèmes pour avancer”, a-t-il affirmé.

Il a estimé, en revanche, que le gouvernement chinois avait “particulièrement bien tiré son épingle du jeu” lors de la crise de 2008-2009.

Le Lab / Dominique Strauss-Kahn invité d’un forum économique en Chine

Le Lab Europe 1 / 16/12/11

Il ne sera pas président mais pourrait devenir conférencier de luxe. A plus de 8 000 km de Paris et plus de 10 000 du Sofitel de New-York, Dominique Strauss-Kahn prononcera lundi un discours à Pékin. Un colloque d’économistes chinois l’attend pour une analyse de la crise de la dette dans le monde.

Alerté par un tweet d’un journaliste de Paris Match, Le Lab s’est immergé dans les mystères du web chinois et a fini par trouver la page officielle annonçant la présence du directeur déchu du FMI.

Le Monde / L’Elysée veut éviter de relancer la “machine à complot” sur DSK

Le Monde 10/12/11

L’Elysée et la droite le redoutent depuis six mois : voir l’“affaire” Strauss-Kahn, qui aurait dû affaiblir la gauche, se retourner contre eux en faisant planer le soupçon d’un complot contre l’ex-candidat à l’élection présidentielle. De rumeurs en articles, de théories en hypothèses, jamais le pouvoir n’est en effet parvenu à éloigner le doute sur une éventuelle intervention dans cette affaire, l’obligeant par deux fois, cette semaine, à sortir du silence qu’il s’était imposé.

En découvrant, vendredi, que Libération affirmait que deux fonctionnaires français, l’un du ministère des affaires étrangères, l’autre du ministère de la justice, auraient téléphoné dans l’“après-midi du 15 mai” à un adjoint du procureur américain Cyrus Vance, John Mc Connell, chargé de l’affaire du Sofitel, afin de lui transmettre “des éléments (…) sur l’affaire Tristane Banon mais également sur une éventuelle implication de DSK dans une affaire de prostitution dans le nord de la France”, le gouvernement a pris les choses assez au sérieux pour que le Quai d’Orsay et la Chancellerie réagissent.

“Seuls le consul général et son adjoint à New York ont eu des contacts avec les autorités new-yorkaises, en l’occurrence exclusivement la police et la prison de l’Etat”, a affirmé le porte-parole du Quai d’Orsay, Bernard Valero. “A aucun moment le ministère n’a appelé le bureau du procureur.” Le ministère de la justice a aussi opposé “le démenti le plus catégorique aux allégations dénuées de tout fondement et d’ailleurs de la moindre vraisemblance” de Libération, qui fait le lien entre ces interventions et l’incarcération de DSK. Samedi, le quotidien maintenait ses informations, arguant que les services du procureur de New York n’ont “nullement nié l’intervention de Paris”.

“GUÉANT EN A EU MARRE”

Dimanche 4 décembre, agacé des attaques du journaliste américain Edward Epstein et du biographe de DSK, Michel Taubmann, notamment contre l’UMP, Claude Guéant avait déjà rompu le silence – relançant du coup, malgré lui, la machine à complot. “Oui”a expliqué le ministre de l’intérieur au Journal du dimanche, il avait “entendu parler de cette histoire au cours de laquelle M. Strauss-Kahn avait été contrôlé au bois de Boulogne par des fonctionnaires (…) lors d’un contrôle de routine”.

“J’ai hésité, mais trop, c’était trop”, s’est-il justifié il y a quelques jours à un proche :voir l’UMP accusée d’espionner téléphones ou mails du couple Strauss-Kahn, tandis que le ministre estime au contraire que le pouvoir a longtemps protégé DSK… “Guéant en a eu marre”, confirme un proche du chef de l’Etat. “Il a déstocké les munitions…”, sourit un autre.

Une erreur. La machine était repartie. “Guéant aurait dû s’abstenir, la gauche n’attendait que ça !”, soupire le député UMP Claude Goasguen. Effectivement. Sur son blog, le député strauss-kahnien Jean-Christophe Cambadélis, l’un des premiers, pourtant, à s’être tenu à l’écart de toute théorie complotiste, a aussitôt répliqué : “DSK n’est plus candidat à l’élection présidentielle. Il est à terre. Il doitfaire face à des attaques de tous côtés. Et le ministre de l’intérieur en rajoute. Plantant sa petite dague.” Puis d’interroger : “De quel secret DSK est-il dépositaire qui menacerait le pouvoir ?”

“DÉSORMAIS, C’EST SILENCE RADIO”

Du coup, la consigne de l’été – et de l’automne, après l’autre affaire, celle du Carlton de Lille – a été rappelée aux élus de la majorité : “Désormais, c’est silence radio, pour éviter tout risque d’instrumentalisation”, résume un député UMP.

Jamais, depuis le 14 mai, la droite n’est parvenue à se débarrasser du soupçon que sa main a plané sur les malheurs de DSK. En juin, après quelques semaines passées à entendre et à lire que Nicolas Sarkozy était “forcément” derrière la spectaculaire disqualification de son rival potentiel à de 2012, l’Elysée avait déjà demandé aux diplomates en poste aux Etats-Unis de retracer dans une note, minute par minute, toute l’“affaire du Sofitel”, depuis l’arrivée de patron du Fonds monétaire international (FMI) à l’hôtel jusqu’à sa retraite obligée dans une maison de TriBeCa, à Manhattan. Aucune interrogation, aucune incohérence ne devait seglisser dans les interstices de cette chronologie si sensible.

Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin

Le Monde / Carlton : DSK cité le 15 mai dans les

Le Monde 10/12/11

À quelle date le nom de Dominique Strauss-Kahn apparaît-il dans le dossier du Carlton ? A quel moment le ministère de l’intérieur apprend-il que l’ex-présidentiable socialiste est mêlé à cette affaire de proxénétisme hôtelier instruite depuis le 28 mars à Lille ? La haute hiérarchie policière est formelle : le 15 mai, au lendemain de l’arrestation de DSK à New York, au moment où le procureur s’interroge sur une remise en liberté sous caution du patron du Fonds monétaire international, à Paris, on ne sait rien de tout cela.

La hiérarchie de la police, traditionnellement avertie du contenu des dossiers sensibles – notamment ceux dans lesquels figure le nom d’un homme politique – assure n’être alertée que cinq mois plus tard, en octobre, “dans les jours qui précèdent les interpellations, et au moment des premières auditions”, précise l’un de ses responsables au Monde. “Je n’ai jamais entendu parler de cette affaire avant que tout cela ne sorte dans les journaux,abonde Bernard Squarcini, le patron de la Direction centrale du renseignement intérieur. D’ailleurs, mon service ne traite pas de ces affaires qui relèvent de la police judiciaire.”

Selon la connaissance actuelle que Le Monde a du dossier, le nom de DSK apparaît pour la première fois dans l’enquête le 15 mai, sur des écoutes téléphoniques. A l’époque le dossier du Carlton n’est encore qu’une banale affaire de proxénétisme hôtelier lancée en février, sur la base de renseignements venus de Belgique. Plusieurs personnes sont sur écoute.

“FAIS GAFFE À TOI”

Depuis le matin, “l’incident” du Sofitel inonde les ondes. A 16 h 33, Dodo la Saumure, un Français soupçonné de se livrer au proxénétisme en Belgique, appelle son ami René Kojfer, chargé des relations publiques du Carlton à Lille :“T’as vu, euh, Strauss-Kahn ?” René : “J’suis au courant, (…) j’ai vu l’commissaire (Jean-Christophe Lagarde) qui v’nait de l’quitter (…), parce que c’est son pote et y était à Washington avec lui.”

Les jours suivants, M. Kojfer n’en finit pas de commenter la nouvelle. Ainsi, le 24 mai, avec un ancien policier “fais gaffe à toi (…) le FBI (…) est sur ton dos parce que t’as ramené Strauss-Kahn chez Dodo, on m’a dit”. Le 8 juin, il propose même“un gros coup à faire” à son ami Denis Gumez, l’ex-chef de la brigade des moeurs à Lille : “Qu’est-ce que tu en penses, j’ai deux filles qui témoigneraient éventuellement contre Strauss-Kahn (…). Kenneth Thompson (l’avocat de Nafissatou Diallo), il cherche des (…) filles (…) qui auraient été un peu bousculées.”

La hiérarchie policière jure ne pas avoir eu connaissance de ces conversations à l’époque. “Ce jour-là, toute la France commente la nouvelle. Pourquoi prêter plus attention à ces échanges qu’à d’autres ?“, explique l’un d’eux. Dans le Journal du dimanche du 4 décembre, le ministre de l’intérieur, Claude Guéant, affirmait pour sa part avoir découvert l’existence du nom de Strauss-Kahn dans ce dossier“qu’après les vacances d’été”.

Emeline Cazi et Ariane Chemin